|
ELECTRO-OSMOSE – ELECTROPORATION UNE NOUVELLE VOIE
La pénétration de substances médicamenteuses ou cosmétiques à travers la peau par des techniques non invasives a toujours suscité beaucoup d’intérêt et fait l’objet de multiples recherches. Jusqu’à nos jours, les solutions appliquées n’ont permis, dans le meilleur des cas, qu’améliorer très relativement la pénétration, conditionnée par d’énormes limitations. Or, depuis peu est apparue l’électro-osmose - électro-poration, qui se profile comme une technique d’avant-garde permettant de surpasser notablement ces limitations.
Les données du problème
Le challenge est de faire passer la barrière de la couche cornée aux molécules actives du produit. Cette barrière est une formidable forteresse de protection pour notre corps, notamment grâce à ses multicouches de lipides intercellulaires
Afin d’améliorer le passage, il est donc indispensable de trouver une stratégie pour modifier la composition de l’organisation des lipides intercellulaires
D’où l’importance des propriétés physico-chimiques du produit: les facteurs les plus déterminants sont la lipophilicité (propriété de solubilité dans les lipides) et la taille moléculaire. Mais l’excessive lipophilicité gêne le transport systémique. Pour cette raison, il est primordial qu’il possède également une propriété
hydrosoluble.
La couche cornée avec ses multicouches de lipides intercellulaires et ses corneocytes
Comment favoriser la pénétration transdermique des actifs
-
en augmentant la concentration de l’actif dans le produit pour accroître la dose apportée lors de l’application (mais elle n’implique pas obligatoirement une amélioration de l’absorption)
-
en augmentant la solubilité de l’actif dans la couche cornée (facilitant ainsi la séparation de l’actif du vecteur dans la peau)
-
par la réduction de la barrière de la couche cornée en perturbant les couches lipidiques intercellulaires ou les réseaux de kératine intracellulaires
-
par l'augmentation du transport par les appendices (glandes sébacées, follicules)
-
en combinant plusieurs actions
Techniques normalement utilisées
-
Potentiateurs chimiques: leur efficacité reste très aléatoire, problèmes d’irritation de la peau, mise en doute de la réversibilité des effets
-
Ionophorèse: pénétration de substances ionisables par application d’un potentiel électrique
continu; il s’agit en fait d’un transport ionique qui agit plus au niveau du
produit qu’au niveau de la peau, ce qui
rend la technique très limitée quant aux actifs utilisables (produits
ionisables); le processus est lent et souvent désagréable (risque de brûlures)
-
Systèmes
colloïdaux (liposomes, nyosomes, microémulsions) :
bien qu’il
soit possible de solubiliser des quantités plus importantes d’agents actifs
très lipophiles, cela ne garantit pas son passage effectif au travers et à
l’intérieur de la peau; en effet, l’espace entre les cornéocytes de la couche
cornée est de 0,1m et sachant
que cet espace est rempli par des bicouches de lipides et des mosomes
occasionnels, il est difficile d’imaginer comment la plus petite vésicule unilamellaire (0,25m) peut trouver son chemin au travers de cette barrière
Technologies futuristes
Il s'agit surtout de méthodes physiques
Ablation laser
: émission laser de forte puissance pour vaporiser la couche cornée, créant
ainsi une petite fenêtre perméable; c’est une technique très coûteuse, d’un maniement difficile avec risque de brûlures et autres lésions irréversibles
Sonophorèse de
basse fréquence : il s'agit de l’application d’ultrasons de basse fréquence
(20khz-50khz) sensés augmenter la perméabilité de la peau par effet de
cavitation de la couche cornée; bien que les résultats soient plus intéressants
que les ultrasons de haute fréquence (plus de 1mhz), ils restent néanmoins
limités
Electroporation - Electro-osmose : application d’un champ électrique pulsé de haute
tension qui provoque une augmentation momentanée de la perméabilité de la peau
en créant des micropores au travers des lipides de la couche cornée. Cela permet
la pénétration d’un grand nombre d’actifs, car le phénomène ne dépend pas de la
taille ou du poids moléculaire; la rapidité et l’innocuité du procédé dotent
cette technique des atouts nécessaires et laissent présager un futur très
prometteur
La pénétration transdermique des
actifs par Electroporation - Electro-osmose
Comment cela fonctionne-t-il?
Application
sur la peau d’un champ électrique de haute tension pulsé
Création de
pores aqueux au travers des bicouches lipidiques de la couche cornée
Transport moléculaire
localement assisté au travers de ces pores
De cette façon, l’application de champs électriques de
haute tension (Vpeau>100V) pulsés (1ms-10ms) sur la peau provoque une chute
drastique de la résistance électrique en quelques microsecondes, suivi d’une
augmentation exponentielle du transport moléculaire au travers d’une multitude
de pores (max 40) crées transitoirement.
Ce transport se réalise en 2 phases :
électro-osmose pendant l’impulsion et diffusion ensuite, une fois passée la couche cornée; ce qui
permet la pénétration d’environ 50 mg/cm2 de molécules actives en quelques minutes
Origine de la
technique
Fin 80 – début 90, l’électroporation de
barrières biologiques comme les membranes d’une seule bicouche lipidique a été
exhaustivement étudiée par un grand
nombre de chercheurs et mise en pratique par de nombreux laboratoires notamment
pour l’introduction de molécules, gènes, ou ARN au travers de la membrane
cellulaire. De la seule bicouche de la membrane cellulaire à la centaine de
bicouches de la couche cornée de la peau, il n’y avait qu’un pas... qui fut
franchi notamment grâce aux travaux du groupe de JC Weaver du Massachusetts
Institute of Technology qui démontra dès 1993 l’efficacité de l’électroporation de la couche cornée pour la pénétration
d’actifs, et aux recherches postérieures des Prof. V. Vanbever et V. Préat de l’Université de Louvain.
Développement futur
L’électroporation - électro-osmose possède tous les atouts pour reléguer au second plan les autres techniques de pénétration
cutanée non invasives, et ce pour plusieurs raisons:
efficace
quantité importante d’actifs introduits en
quelques minutes
sûre : pas de sensation
désagréable pour le patient, aucun risque de brûlure ou de lésion cutanée
non limitée: pénétration assurée même pour les produits possédant des molécules de grande taille
L’une des
conséquences les plus directes des avantages liés à la mise en pratique de
cette technique futuriste, est bien entendu l’administration locale de
substances médicamenteuses sans injection; à titre d’exemple, citons la
possibilité pour le diabétique d’utiliser, dans un avenir proche, un bracelet–montre
en contact permanent avec la peau, qui, par “electro-osmose - électroporation
inverse” analysera son taux de glycémie et par “electroporation - electro-osmose
directe” lui administrera la dose d’insuline nécessaire
Dans le domaine des traitements
esthétiques, l’application de la technique, bien que technologiquement
complexe, est aujourd’hui disponible grâce notamment à la mise au point de transducteurs corporels
permettant l’application automatique
d’électro-osmose – électroporation sur de grandes surfaces et en
quelques minutes seulement (pour la
pénétration par exemple d’actifs anti-cellulitiques ou raffermissant sans piqûre).
On imagine aisément que l’efficacité relative de substances “cosmétiques”
appliquées normalement par voie topique, peut acquérir une toute autre
dimension grâce à l’électro-osmose – électroporation, tant pour les traitements faciaux comme corporels.
Philippe Plan
Directeur Développement Clinipro
|